Inde sacrée
Aug. 6, 2010 No Comments Posted under: Texte et photos
Kolkata, 11 octobre, 5h am.
Au bout de la piste d’atterrissage, le soleil – immense boule orangée – s’apprête à brûler une fois de plus le sol indien. La porte de l’avion s’ouvre : une odeur fétide envahit nos narines et l’air humide nous colle instantanément à la peau. À la sortie de l’aéroport, de jeunes enfants suivent le groupe que nous formons jusqu’au bus privé qui nous attend. « Chaï? Roupies? » implorent-ils en nous regardant avec leurs grands yeux brillant. Sur la route qui nous conduit à l’hôtel, nos regards se perdent dans un fouillis de tôles et de ferrailles. Déjà, le contraste est grand : la pauvreté, la poussière et les déchets secouent nos esprits d’occidentaux. Est-ce la fatigue ou la pollution qui voile la lumière à l’horizon?
Don d’amour
L’esprit encore brumeux, nous nous faufilons à travers le bordel organisé de cette cité de 4,4 millions d’habitants. Pour signifier notre gratitude aux habitants qui nous accueillent sur leur terre sainte, nous débutons notre périple à l’Orphelinat de Mère Teresa de Kolkata. Nous offrirons notre service à l’organisation de cette sainte qui su changer le monde à sa façon. Dès les premières lueurs du jour, la messe quotidienne ressemble des centaines de sœurs devant un prêtre. Une scène plutôt rare ici où les Catholiques constituent à peine plus de 2% de la population. Puis, avant de nous assigner notre tâche des prochains jours, on nous invite à prendre le petit-déjeuner avec la cinquantaine de bénévoles présents ce matin-là.
Un petit groupe consacre d’abord les premières heures de la journée aux jeunes orphelins âgés de deux ou trois ans. Quelques membres du groupe ont apporté des jouets pour réconforter ses petits cœurs sans foyer. Petites voitures, toutous et crayons à colorier les rendent fous de joie. À un tel point qu’ils finissent par se les arracher mutuellement, créant pleurs et petites bagarres. La sœur responsable du bâtiment nous explique que la plupart d’entre eux ont été trouvés dans les rues de la mégapole et qu’ils seront adoptés sans problème d’ici quelques mois. D’autres moins chanceux, aux prises avec des maladies ou des malformations, auront plus de difficulté à se trouver une famille d’accueil…
On se dirige ensuite vers Prem Dan (don d’amour), le vaste bâtiment où les malades reçoivent nourriture, aide, soins et amour des bénévoles. D’un pas hésitant, nous établissons un premier contact avec eux en tentant de sourire. Chaque corps exhibe une maladie inconnue à nos yeux. Déformations et brûlures recouvrent les corps rachitiques. Ne sachant pas trop comment nous rendre utiles, nous décidons de chanter devant un petit groupe de femmes assises. Certaines se mettent à taper des mains, d’autres affichent un maigre sourire. Ayant épuisé notre maigre répertoire, on tente un petit spectacle de yoga qui semble bien les amuser. On vient ensuite nous i
ndiquer une première corvée. Comme dans une petite usine de travail à la chaîne, nous lavons, essorons et suspendons draps et vêtements sur le toit.
Vers midi, on termine notre service en nourrissant les malades. Entre celles qui se bousculent pour avoir leur ration et celles qui sont clouées à leur lit, c’est le véritable désordre. Nous remplissons les assiettes de l’espèce de bouillie au riz et nourrissons au hasard les dames qui se trouvent assises dans une chaise roulante ou alitées sur leur lit. Avec de petits gestes saccadés, elles parviennent à avaler quelques bouchées. Certaines ont le visage et les poignets déformés par l’acide, résultat du traitement infligé par la famille du mari lorsqu’elles sont stériles.
Nos après-midi
sont consacrés au repos et à quelques visites à travers la mégapole. Dans la chaleur intense, nous visitons le temple de Kali où règne une espèce de folie hypnotique, le jardin botanique où s’étale le plus vieux Banyan au monde ainsi que le Gange et son coucher de soleil écarlate. En soirée, nous nous régalons royalement des nouvelles saveurs indiennes. Tant de luxe contraste avec la pauvreté accablante de la ville.
En matinée, les séances de yoga dirigée par Sylvie, notre guide spirituelle du voyage, permettent d’absorber l’intensité de nos journées chargées. « Nous vivons beaucoup d’émotions, tant au niveau physique que mental, nous rappelle-t-elle lors de l’une des séances. Par le mouvement du corps, ouvrez votre cœur et votre âme et accueillez toute cette souffrance humaine. Devant le malade enragé, devant l’handicapé alité… force, et ouverture, souffle-t-elle délicatement entre deux asanas. Nous habitons tous la même planète, nous sommes tous égaux. Amour pour tous ».
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